Récit
de quatre randonneurs devenus «Explorateurs»

Voici le récit de voyage proposé par Pascale, Patrick, Alain
et Nancy suite à leur expédition de cinq (5) jours au Parc
régional des Appalaches. Le texte est illustré par des photos
que Fanny et moi avons prises lors de nos diverses visites
de chacun des lieux que nos quatre randonneurs ont parcourus.
En lisant ce court récit , vous revivrez peut-être votre expédition
dans le Parc régional des Appalaches ou cela vous donnera-t-il
le goût de vivre votre propre aventure.
Daniel
Jour
1
«Direction : Parc régional des Appalaches»
7h00
du matin, départ de Québec vers Montmagny. Sotie
368, nous quittons l’autoroute 20 et rapidement nous
gravissons les Appalaches par la route 283 en direction de
Saint-Fabien-de-Panet. La forêt se transforme peu à
peu et après 15 minutes de route, le jardin des Gélinottes,
un site du Parc régional des Appalaches où on
pratique le ski de fond , nous accueille au milieu d’une
forêt de conifères. Comme ça doit être
beau ici l’hiver, aucun fil électrique bordant
la route, que des arbres résineux et un chalet de bois
rond blotti au cœur de la forêt pour accueillir
les skieurs.
L’affiche
du parc régional des Appalaches nous souhaite la bienvenue
et nous dresse la liste de tous les sites qu’il est
possible de visiter. Notre route se poursuit et nous traversons
le petit village de Notre-Dame-du-Rosaire. Le village se distingue
avec sa magnifique petite église construite en pierre
des champs à flanc de colline, quelques services et
un joli petit parc tout fleuri, «l’Accueil Monk»
en bordure de l’emprise ferroviaire désaffectée.
Au loin, nous apercevons des quads s’approcher du village
tout comme le faisaient autrefois les trains sur les rails
maintenant enlevés.
La
route sinueuse contournant les collines des Appalaches grimpe
jusqu’au sommet des monts Notre-Dame, un massif de la
chaine des Appalaches et soudain, après avoir atteint
700 mètres d’altitude, le moteur de la voiture
qui ronronnait depuis Montmagny se fait plus silencieux. Nous
sommes sur l’autre versant de la chaine des Appalaches,
là où l’eau ne se dirige plus vers le
fleuve Saint-Laurent mais en direction de la rivière
Saint-Jean, dans le Maine.
Dans
une courbe à flanc de montagne, un buton escarpé
se dresse fièrement devant nous, c’est le Bonnet
à Amédée. Une montagne en forme de crête
étroite qui invite tout randonneur au cœur d’explorateur
à le gravir. Au pied du Bonnet à Amédée,
en bordure de la route 283, encore une autre affiche rouge
avec l’inscription du Parc régional des Appalaches.
Cette fois-ci, c’est le café du Randonneur à
l’entrée des sentiers pédestres de Saint-Fabien-de-Panet
qui attire notre attention. Nous nous y arrêtons. Une
gentille préposée nous présente le Parc
régional des Appalaches.
Surprise!
En plein cœur de la forêt, dans un petit café
restauré en respectant l’architecture initiale
du bâtiment et aux murs peints de couleurs vives : une
exposition d’aquarelles produites par une artiste professionnelle,
une maquette à l’échelle de la route que
nous venons de parcourir à partir du fleuve ainsi que
des sentiers que nous arpenterons au cours des cinq prochains
jours et, pour s’assurer qu’on rêve bien
éveillé, un café expresso. Notre plus
grand étonnement est de constater que le territoire
des Appalaches nous offrira une variété de paysages
et de reliefs tout au cours de notre itinéraire de
longue randonnée. La reproduction trois dimensions
du Parc régional nous fait voir l’espacement
entre les montagnes qui surgissent du plateau et la présence
de nombreux cours d’eau et de petits lacs.
Nous continuons notre route en voiture vers le sud. Encore
un autre village-sommet. Cette fois-ci, il s’agit de
Saint-Fabien-de-Panet. Rassurant de voir que malgré
l’omniprésence de la forêt tout autour
de nous, un CLSC offre des services de premiers soins en plein
coeur des sites du Parc régional. Enfin, nous devons
approcher de notre but puisque pour la première fois,
nous apercevons en bordure de la route, la signalisation directionnelle
pour Sainte-Lucie-de-Beauregard, notre lieu de rendez-vous
pour l’expédition.
Après
une dizaine de kilomètres en ligne droite mais constamment
en relief, nous apercevons un tout petit village campé
au cœur d’une vallée, celle de la rivière
Noire Nord-Ouest. Nous y laisserons notre voiture pour 5 jours,
ce sont maintenant nos muscles qui remplaceront les pistons
de l’automobile pour franchir un parcours parallèle
à celui que nous venons de réaliser depuis Saint-Paul-de-Montminy.
C’est
au tour de Johanne, de nous accueillir au kiosque de Sainte-Lucie
et elle nous décrit dans les moindres détails
notre itinéraire des cinq prochains jours. Il est déjà
9h30, il faut s’activer et il ne faut rien oublier dans
notre voiture car ce n’est que dans quatre jours que
nous retrouverons notre véhicule.
Nous
montons à bord du véhicule de Gilles qui nous
accompagne à notre point de départ situé
à Saint-Paul-de-Montminy. Chemin faisant, la passion
qui l’anime lorsqu’il parle du Parc régional
des Appalaches s’explique lorsqu’on nous découvrons
qu’il a lui même construit avec une équipe
de travailleurs des municipalités voisines, les ponts,
escaliers et refuges du Parc.
Connaissant
bien le territoire, notre guide nous fait découvrir
un tout autre paysage, il s’agit d’une petite
route sinueuse longeant la rivière Noire Nord-Ouest
jusqu’à Sainte-Apolline-de-Patton. Là,
toutefois, l’histoire se répète, encore
un village-sommet. Mais cette fois-ci, le clocher de l’église
est bien différent, on se croirait dans une campagne
de l’est de l’Europe dominée par une église
coiffée d’un dôme aux allures de temple
orthodoxe.
Le
point de départ de l’expédition aurait
pu être le «lac Carré», en bordure
duquel un centre de plein-air offre aux villégiateurs
des activités de baignade, de canotage, de camping,
d’hébergement en chalet de bois rond et de sentiers
d’hébertisme. Nous avons plutôt choisi
le plus long et difficile parcours celui de 75 kilomètres
sur cinq jours.
Tout
juste avant d’atteindre notre lieu de départ,
nous traversons le pittoresque village de Saint-Paul-de-Montminy
qui épate Alain, l’architecte et ethnologue du
groupe qui devine l’histoire du village en apercevant
l’architecture d’esprit mansard qui domine le
village.
Enfin
nous sommes arrivés au lieu de départ : «la
montagne Grande Coulée». Comme au début
de chacune des expéditions que nous effectuons en groupe,
nous sommes un peu nerveux, c’est l’inconnu. A
la fois merveilleux et angoissant, ce moment fait partie des
plus importants souvenirs du voyage. Nous sommes toujours
hantés par le jour où nous avions oublié
un sac de couchage ou qu’un de nos camarades s’était
blessé après cinq minutes de marche et qu’il
avait dû marché sur une cheville foulée
pendant dix longues heures.
Nous
sommes laissés à nous même pour les cinq
prochains jours. C’est ce que nous aimons croire même
si on sait très bien que nous sommes dans un parc où
nous croiserons randonneurs et préposés tout
au cours de notre périple.
Le
premier pas s’effectue sur un petit ponceau, si les
sentiers nous «chouchoutent» de la sorte tout
au cours de notre randonnée, on devrait effectuer notre
mission sans douleur. Après avoir franchi un muret
de roches, marché sous une allée de pins et
une jeune forêt qui remplace sans doute des terres agricoles,
nous passons devant un magnifique chalet. Nous sommes au pied
des anciennes pistes de ski de la station Grande Coulée.
Les skieurs en attente aux remontées mécaniques
ont été remplacés, aujourd’hui,
par les randonneurs qui prennent leur courage à deux
mains et mettent toute leur énergie à faire
l’ascension de la montagne s’élevant à
853 mètres. Au cours des prochaines heures nous aurons
à gravir 350 mètres en longeant une coulée
qui ravine la montagne entre ses deux sommets. Tout au long
de la montée nous traversons la coulée à
plusieurs reprises et à chacun des détours du
ruisseau, une cascades nous invite à prendre une petite
halte. Cette partie du parcours étant le dernier segment
du sentier de longue randonnée à avoir été
réalisé, le sol est à peine marqué
par le pas des randonneurs. Pascale, avec son œil averti,
aperçoit dans les petits bassins au pied des cascades
de tout petits poissons qui semblent apprécier l’eau
glacée qui coule directement de la montagne.
Soudainement,
plus haut en montagne, après avoir traversé
une ancienne piste, le degré de pente change. Fini
la petite randonnée «pépère»,
il faut maintenant travailler pour mériter cette montagne.
Nous devons être prudent sur le sol humide et parfois
à contre pente. Après nos efforts, nous sommes
récompensés, un plateau au sommet de la montagne
nous permet de reprendre notre souffle et la traversée
de pistes nous offre des vues au loin jusque du côté
nord du fleuve Saint-Laurent. L’hiver, les pentes de
ski du Mont Sainte-Anne et celles de la montagne Grande Coulée
se font face et échangent leur image comme dans un
miroir. Rendu au sommet, Grande Coulée est même
de 53 mètres plus en altitude que sa voisine d’en
face, bonne raison pour prolonger notre diner de 20 minutes.
Jusque
là, notre randonnée pourtant épuisante,
n’était que le préliminaire à notre
aventure. Au delà du sommet, nous quittons l’environnement
de l’ancien centre de ski et sa vue sur le village de
Saint-Paul à ses pieds pour descendre l’autre
versant de la montagne vers l’inconnu, où débute
une immense forêt qui ne semble pas avoir de limites
sauf la côte Atlantique dans le Maine.
La
végétation est dense, nous nous engouffrons
dans du sapinage qui refroidi nos corps encore en sueur suite
à notre ascension. Après un kilomètre
de descente, un petit promontoire nous invite à faire
une pause. Là, pour la première fois, nous constatons
l’envergure de notre aventure. Au loin, une petite montagne
pointue qui domine le plateau. Après une vérification
sur la carte, Pascale, la géographe du groupe, confirme
le diagnostic, il s’agit du Sugar Loaf, qui s’élève
à 650 mètres d’altitude, notre défi
du jour 3. Trêve de lamentations, notre groupe, toujours
aussi soudé devant le défi, se remet en branle
et continue sa descente. C’est maintenant une ligne
de «trait carré» que nous suivons, une
ligne droite mais non sans relief, après tout nous
sommes dans le Parc régional des Appalaches. Au bout
de ce trait carré qui fait objet de sentier, nous poursuivons
toujours en ligne droite sur un chemin forestier. Après
avoir franchi un rang gravelé et une barrière
pour limiter la circulation de véhicules, on change
de cap. Il ne faut pas manquer la signalisation, nous sommes
laissés à nous mêmes et la moindre erreur
risque de nous coûter cher en temps et en énergie.
Des
montées, des descentes, parfois des vues sur le parcours
franchi, ce qui nous encourage et soudain, apparaît
un oasis au cœur de la forêt : le lac Long.
C’est
ici que nous dormirons cette nuit. Notre refuge est situé
sur la rive ouest du lac, sur un esker couvert d’épinettes
de bonnes tailles. Une rampe faite d’un arbre mort attaché
à des poteaux nous permet de descendre au lac qui semble
dormir après une journée épuisante, tout
à fait notre portrait quoi !
A
l’intérieur du refuge en bois rond, deux lits
superposés pouvant accueillir quatre personnes chacun,
une table, deux bancs et un chandelier. Les toilettes sèches
sont à 200 mètres du refuge sur la rive du lac,
de l’autre côté du pont. On n’y va
pas pour rien et pas trop tard.
Notre
souper est bien mérité, et malgré notre
fatigue, on trouve assez d’énergie pour faire
une promenade en bateau gonflable sur le lac. Il est surprenant
de voir de jolis petits chalets et des ponts de bois dans
la partie est du lac.
La
nuit venue, aucun son «significatif» n’est
émis par les randonneurs, une symphonie de ronronnements
remplace vite les conversations. Les préparatifs, plus
de 2 heures de route, 6 heures de randonnée et tout
le reste ont fait leur œuvre. Nous dormons comme des
bébés.
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